Dimanche 20 janvier 2008

 

Comme je le disais dans le titre de mon petit bulletin: 2 mois de passes sur cette terre Afghane si particulière.

 

Mon travail de chef de l'équipe de liaison entre la Force Internationale d'Assistance et de Stabilisation et le MoD Afghan me permet tous les jours de côtoyer ces habitants de Kaboul et d'ailleurs qui constituent le peuple Afghan, composé de pas moins de 7 grandes ethnies différentes, dont les plus connues sont les Pashtouns, les Hazaras qui parlent soit le Dari soit le Pashtoun. Se greffent aussi des peuples d'origine Caucasienne et Mongol, venus tout droit de Russie et de Chine.

 

Cette mosaïque d'ethnies différentes se rassemble autour d'un même cérémonial, c'est à dire la Hodjira, qui est la maison traditionnelle Afghane. En effet, on retrouve ce besoin de se réunir autour d'un poêle surchauffe même au MoD. En ce moment, à l'extérieur, la température est -10 degrés la journée et à -18 la nuit. Lorsque vous rentrez dans la salle de meeting du MoD, toutes les climatisations fonctionnent à fond, et il fait au bas mot 27, 28 degrés. Attention au choc thermique. Nous, les occidentaux, nous déshabillons pour pouvoir respirer dans cette atmosphère très sèche; les Afghans, eux conservent leurs manteaux et restent imperturbables.

 

La Hodjira signifie que plus il fait chaud dans le lieu d'accueil et plus il y a de monde, plus influent et importante est la personne qui reçoit. Il s'agit en effet de la capacité à recevoir de nombreux d'invites et de leur offrir thé et sucreries à volonté.

 

Dans le bâtiment du MoD, des foules de gens en civil au milieu de militaires traînent dans les couloirs à ne rien faire, comme une cours du Roi. Des gens en permanence servent le thé et des bonbons aux différents visiteurs. Si vous n'y prenez pas garde, vous passez votre journée à boire le thé, à manger des bonbons et à parlementer, assis confortablement dans des fauteuils aux couleurs chamarrées. Donc, le travail avance difficilement, à la vitesse Afghane.

 

D'ailleurs, le gros problème des Afghans actuellement est de planifier leur travail. Ils ne peuvent pas concevoir de prévoir à l'avance ce qu'ils ont à faire. L'exemple significatif est le nombre incroyable de demandes de transport aérien qu'ils font à l'ISAF, donc à nous, pour transporter leurs personnels ou leurs matériels, avec un délai seulement de 2 jours avant la date fatidique de décollage. Ils ne veulent pas admettre que tous les vols doivent se planifier au moins une semaine à l'avance.

 

Un autre gros souci, pour nous occidentaux, est la peur du chef qu'ont les locaux. En effet, aucune décision, même minime soit-elle, n'est prise à un niveau inférieur a celui de général de brigade. Pléthore de colonels pleins traînent dans les bureaux et couloirs sans ne pouvoir ou vouloir décider de quoique ce soit. C'est très difficile pour nous de finaliser des travaux car nous sommes à la merci en permanence du bon vouloir ou de la présence d'une seule personne, le général, pour obtenir même un renseignement qui semble insignifiant pour notre mentalité occidentale. Est-ce la confrontation avec les Soviétiques durant plus de 10 ans ou leur façon de vivre? Difficile de le dire, mais c'est excessivement pénalisant et frustrant car je pense que des officiers très valables ne peuvent pas s'exprimer, car ne pouvant prendre la moindre initiative.

 

Je termine la pour cette semaine et vous souhaite de rester au chaud en France.

 

A la prochaine.

 

LCL G