Dimanche 24 février 2008
Il y a presque un mois, j'avais écrit que le froid
persistait ici....c'est toujours vrai. Moins piquant, certes, mais les
températures descendent toujours à -3, -4 la nuit. La journée, elles flirtent
allégrement avec les 8, 9 degrés.
Comme je l'ai écrit précédemment
au CNE COLE, je ne peux même plus aller sur votre site de la 5eme batterie, car
les Américains d'ici ont mis un veto électronique. La confiance règne.
Les nouvelles sont toujours
aussi réjouissantes...explosions et tirs à tous les étages du navire.
Il y a une semaine, 2 soldats
italiens de la cellule CIMIC, affaires civilo-militaires, distribuaient des
vêtements et des chaussures à des enfants à 10 kilomètres de Kaboul, lorsqu'ils
ont essuyé des tirs de Kalachnikov, pris dans une embuscade préparée. Résultat:
un mort, 29 ans et 2 enfants et un amputé d'une jambe. Les Talibans ne
connaissent pas de trêve ni de pitié. C'est cela le plus effrayant, de penser
qu'ils ne réagissent pas comme nous et n'ont aucune considération pour la vie
humaine, la leur en priorité.
Les alertes à la bombe se
multiplient avec les beaux jours qui arrivent et on redoute une recrudescence
des attentats. Déjà, les "threat assessments" font état de menaces
sur les ministères, dont le MOD.
L'OTAN se bat et donc l'ISAF par
la même, pour faire éradiquer la culture du pavot. En effet, l'Afghanistan
produit plus de 80% du haschisch, de l'opium et de l'heroïne vendu dans le
monde. C'est un combat très dur a mener, car cette culture est la seule possible
pour la plupart des paysans afghans, encouragés par les barons de la drogue qui
sont aussi les Maîtres de guerre de ce pays, ou tout se résume en une
opposition permanente entre personnalités de tribus différentes.
En effet, on peut toujours leur
conseiller de cultiver autre chose; ce sera de toute façon pour l'instant moins
rentable financièrement que le pavot.
Autre détail qui a son
importance. Une étude récente tend à prouver que l'on trouve de plus en plus
d'afghans en état d'addiction. C'est très inquiétant, car ce sera plus dur,
maintenant qu'ils sont devenus eux-mêmes consommateurs, de leur faire
comprendre qu'il faut cesser de cultiver ce produit dangereux et nuisible pour
la santé.
Mon "counterpart" au
MoD, le LCL SHAWKATULLAH, garçon adorable toujours plein de prévenance,
m'a raconte que pendant le règne des Talibans la piscine municipale
de Kaboul, dotée d'un beau plongeoir de 10 mètres, servait à juger les
gens. En effet, un accusé de mécréance, selon les critères des Talibans, était précipite du
haut du plongeoir. S'il en réchappait, cela voulait dire qu'il était innocent.
Bien sur, ils avaient auparavant pris le soin de vidanger la piscine. Tout dans
la finesse.
Cette anecdote, le Colonel
SHAWKA a pu me la raconter car ces évènements se sont passes au tout début de
l'ère Talibanne. Il a du comme beaucoup d'Afghans, 3 ou 4 mois après la prise
de pouvoir par les fous de Dieu, quitter sa femme et ses enfants pendant 5
ans pour éviter la mort. Il s'est retrouve vendeur de légumes au Pakistan sans
pouvoir revenir dans son pays pour revoir sa famille. Une expérience dont il a
beaucoup de mal à parler.
Ceci est en partie lie a la
nature des Afghans qui sont très réservés.
Au fil du temps, on s'aperçoit
que c'est le pays de l'entraide et de la gentillesse. Malgré leur faible moyen,
ils sont toujours prêts à vous offrir un thé accompagne d'une sucrerie.
Tout ceci fait partie du respect qu'ont les Afghans pour le voyageur improvisé
qui se retrouve perdu au milieu de nulle part. C'est un peuple d'anciens
nomades sédentarisés maintenant, qui a su garder le sens de l'accueil et
de la convivialité, si vous n'êtes pas belliqueux. Car si vos intentions ne
sont pas louables, c'est une autre histoire, qui fera sans doute l'objet d'un
autre compte-rendu ultérieur.
En espérant que ce petit récit
vous trouvera tous en excellente santé, je vous adresse un "Salaam
Alaikum" retentissant et annonciateur de bonnes nouvelles, auquel vous répondez
automatiquement par un "Wa Alaikum Salaam".
LCL G.